Les instruments nés du bruitisme (1)

Dans la lignée des changements qu’a engendré la philosophie bruitiste, on se doit de citer les instruments. Luigi Russolo, ainsi que plusieurs autres après lui déploraient la limitation de la musique aux sons des instruments qui nous sont réservés. Vouloir sortir des bornes imposés par les sons de nos instruments est la motivation principale du bruitisme et sa principale raison d’être. Edgar Varese disait que le futur de la musique résidait dans la recherche du son. Tout  peut dès lors devenir musique.

Et il n’est donc pas étonnant que de cette volonté soit née une série d’instrument tout droit sortis de la boulimie artistique des compositeurs et musiciens désireux d’explorer ces nouveaux sons.

Intonarumori, de Luigi Russolo.

Il est évident que le premier à avoir pu expérimenter ce genre de pratique est le père du bruitisme lui-même, Luigi Russolo.  L’Intonarumori constitue une série de haut parleurs et Luigi Russolo utilisait la machine pour contrôler le dynamisme et le volume du son qui sortait de « l’orchestra du bruit » dont il s’était entouré pour faire la démonstration de sa machine. Dans la machine elle-même se trouvait une série de panneaux de bois et métal qui lui permettait de créer le « noise music » qu’il prêchait. Il a aussi composé une musique pour l’orchestre, nommé Gran Concerto Futuristico.

La série de concerts qu’il a donné pour inaugurer son orchestre et sa machine ont été accueillis avec des critiques violentes et acerbes. Néanmoins, ce qu’il a réalisé constitue une référence de nos jours et a fait évoluer la musique. Il inventera une autre machine dans la même optique: le Russolophone, un instrument électroacoustique.

Le telharmonium, de Thaddeus Cahill

Le telharmonium est le premier réel instrument électromécanique de l’Histoire, et il fut créé par l’inventeur américain Thaddeus Cahill en 1897. Pour faire bref, on peut dire que cette instrument est l’ancêtre du synthétiseur, et utilise un système de roue phonique.: le son produit dans l’instrument se diffuserait à travers un haut-parleur phonique. Thaddeus Cahill a aussi produit des inventions dans le domaine du téléphone: il a donc transposé une technologie vers une autre.

Le premier bruitiste

Luigi Russolo, né dans une famille de musiciens, est un peintre et graveur futuriste, et le fondateur de la musique bruitiste.
Il rejoint le mouvement futuriste avec d’autres artistes comme Boccioni et Carrà en 1910 après avoir rencontré Marinetti et signe le Manifeste des peintres futuristes le 11 février 1910.
Le 11 mars 1913, il publie le manifeste L’Arte dei Rumori, L’Art Des Bruits, dans une lettre à son ami Balilla Pratella où il théorise l’utilisation des son-bruits, pouvant être utilisés pour former de la musique. Après cette publication il se consacre totalement à la recherche musicale. Dans le cadre de celles-ci, il créé avec Ugo Piatti des Intonarumori, des instruments permettant d’imiter des bruits.
En avril 1914, il dirige le premier Grand Concert futuriste pour dix-huit intonarumori au Teatro Dal Verme de Milan, avec différentes catégories, les glouglouteurs, les éclareurs, les crépiteurs, les hurleurs, les froisseurs, les siffleurs, les tonneurs, et les bourdonneurs. Il joue trois de ses compositions : Réveil d’une ville, On déjeune sur la terrasse du Kursaal et Congrès d’automobiles et d’avions, mais la représentation n’est pas très bien accueillie. Cela n’empêche pas Russolo de continuer à faire des concerts.
Après la première guerre mondiale, Luigi Russolo donne trois concerts à Paris en 1921, où de nombreux artistes, des peintres comme Mondrian, ou des compositeurs tels que Ravel, Honegger, Poulenc et Stravinsky y assistent ; la scène artistique européenne est intéressée par les recherches de Russolo, une nouvelle approche de la musique.
Il continue ses expérimentations musicales et créé des instruments tels que des romorarmoni, et le russolophone.
Ceux-ci et ses compositions s’inscrivent à la base du mouvement bruitiste, et vont influencer des compositeurs tels que Varèse, Cage, et Boulez.